Bouts de Savoir

 

 

Bouts de savoir

Quelques concepts lacaniens parlés par des psychanalystes

 

Interview #3

Dans cette interview, Francesca Pollock revient sur Ferdinand des possibles et sur la rencontre singulière dont ce livre témoigne. Elle évoque ce que Ferdinand lui a appris à regarder autrement et les déplacements que cette relation a produits dans sa manière de penser le handicap, le lien et l’altérité. Une conversation qui prolonge les questions traversant le livre et invite à revenir sur ce que cette rencontre a rendu possible.

Dans Ferdinand des possibles, Francesca Pollock raconte son expérience auprès de Ferdinand, son beau-fils polyhandicapé. Privé de langage verbal, atteint de troubles sensoriels et cognitifs majeurs, Ferdinand semble, à première vue, situé hors des cadres habituels de la communication et du lien. Pourtant, le récit montre tout autre chose : non pas une absence de relation, mais la nécessité d’en inventer les modalités.

Le texte se déploie comme une adresse à Ferdinand lui-même, dans une tentative de maintenir un dialogue là où celui-ci paraît impossible. À travers des scènes de vie, des gestes, des objets, des habitudes singulières, se dessine peu à peu une autre manière d’être au monde. Ce que le livre donne à voir, ce n’est pas un manque, mais une forme de présence qui oblige à déplacer nos repères.

Francesca Pollock ne propose ni un témoignage compassionnel ni une réflexion théorique abstraite. Elle engage une véritable enquête : qu’est-ce que cette rencontre fait au sujet qui s’y confronte ? Comment soutenir un lien avec quelqu’un qui échappe aux normes habituelles de la parole, de la compréhension et de l’échange ?

Dans ses prises de parole, elle insiste sur ce déplacement du regard : « Ferdinand a rééduqué mon regard ». Il ne s’agit pas de comprendre Ferdinand à partir de catégories préexistantes, mais d’accepter d’être transformé par la rencontre. Elle rappelle également que « l’ouverture à un autre ne peut se faire autrement que dans la rencontre », soulignant ainsi que ces questions ne peuvent être abordées de manière abstraite.

Le livre propose ainsi une critique implicite de notre rapport à la norme, à la performance et à la communication. Il invite à penser autrement le handicap, non pas comme simple déficit, mais comme lieu d’invention, de déplacement et d’apprentissage. Il met en évidence la possibilité d’un lien au-delà du langage, à condition d’accepter de renoncer à certaines évidences.

Au cœur de Ferdinand des possibles, il y a cette idée que la rencontre avec une altérité radicale ne laisse pas intact : elle transforme celui qui s’y expose, modifie ses critères, ses attentes, sa manière de voir et d’écouter. Ce n’est donc pas seulement un livre sur Ferdinand, mais un livre sur ce que cette rencontre rend possible.

Retour en haut

En savoir plus sur Bouts de Savoir

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture